Prêtres sous la Révolution

Voici, résumés sous une forme chronologique, les principaux événements qui ont directement eu des répercussions sur la vie de ces hommes:
2 novembre 1789: Les biens du clergé sont déclarés «biens nationaux ».
Juillet 1790: La constitution civile du clergé est votée et acceptée par le roi.
Novembre 1790: La prestation de serment constitutionnel pour les prêtres est décidée. Un quart du clergé d'Alsace acceptera de jurer.
Avril 1791: Le pape rejette la constitution civile du clergé et suspend les prêtres jureurs.
13 avril 1791: C'est la suppression des couvents et la possibilité de prononcer les voeux. Les religieux doivent quitter les lieux et se retirer dans leur famille ou émigrer. Le port de l'habit religieux est interdit.
Fin juin 1791: La lutte contre les prêtres réfractaires, c'est-à-dire ceux qui ont refusé de prêter le serment à la constitution, s'intensifie. Ils sont déclarés «rebelle à la loi» et déposés de leurs fonctions quand ils exerçaient encore.
Juillet 1791: De nombreuses émigrations de prêtres dans notre région surtout pour la Suisse ou de départ dans la clandestinité ont lieu. On réquisitionne les cloches.
26 novembre 1791: L'obligation de tous les prêtres, même retraités, de prêter le serment est faite.
Début 1792: Le danger de la guerre passant au premier plan, les problèmes religieux connaissent une accalmie. Création des registres d'Etat Civil.
Mai 1792: La loi de déportation est votée, ce qui relance la chasse aux prêtres réfractaires.
Août 1792: Les églises réservées aux prêtres « rebelles » sont fermées. Un nouveau serment est imposé à tous ceux qui touchent une pension. Ceci entraîne une nouvelle vague d'immigration.

22 septembre 1792: C'est l'introduction du calendrier révolutionnaire, avec la disparition du dimanche traditionnel.
Château de Ferrette avant la Révolution.
Octobre 1792: Les objets du culte et les ornements d'église sont confisqués.
Novembre 1792: Tout culte est interdit. Les églises deviennent des temples de la raison, dans les villes et les grandes bourgades. Dans le Sundgau, les prêtres constitutionnels restent fidèles à leur foi.
Janvier 1793: Après la mort du roi et de la reine, de nombreuses exécutions ont lieu à Paris comme en province. La chasse aux familles des prêtres réfractaires et à leurs amis s'intensifient. On introduit le culte de l'être suprême.
Avril 1794: La terreur est à son point extrême. 70 prêtres jureurs du Haut-Rhin sont incarcérés à Besançon.
27 juin 1794: Chute de Robespierre.
1795: fin de la Terreur.
Février 1795: La liberté du culte est rétablie mais avec beaucoup de restrictions.
Mai 1795: La convention accorde aux catholiques les églises non encore aliénées mais les prêtres devront se soumettre aux lois de la république. C'est le retour des prêtres émigrés.
Mars 1796: Un nouvel évêque constitutionnel, Berdolet, est élu pour le Haut-Rhin.
4 septembre 1797: Début de la dernière vague de persécution. Les lois sur les déportations entrent en vigueur. On exige le serment de « haine à la royauté » ce que de nombreux prêtres refusent. Ils sont incarcérés.
1799: C'est l'arrivée de Napoléon au pouvoir.
Juillet 1801: Après la signature du Concordat, la paix religieuse est rétablie.

1. JEAN-BAPTISTE ET FRANÇOIS-JOSEPH ENDERLIN

Jean-Baptiste Enderlin est né le 10 janvier 1713 à Durlinsdorf, fils de Sébastien et d'Anne Schicklin. Ordonné prêtre le 15 juin 1737, il est nommé vicaire à Soultz de 1742 à 1756, puis curé à Steinsoultz de 1756 à 1763 et enfin à Wolschwiller. D'abord vicaire sous le curé Jacob Antoine Jecker, puis après la mort de celui-ci en 1763, il lui succède début 1764 comme curé. C'est sous son mandat que sera reconstruite l'église de Wolschwiller.
Le 12 décembre 1784, âgé de 71 ans, le curé Jean-Baptiste Enderlin résigne son bénéfice en faveur de son neveu François-Joseph Enderlin auprès duquel il continue à demeurer.
François-Joseph Enderlin, fils de Philippe et Catherine Mattler est aussi né à Durlinsdorf, le 22 novembre 1757. Il a été ordonné le 22 décembre 1781. Il a d'abord été vicaire à Sondersdorf, Lutter, puis à nouveau Sondersdorf avant de rejoindre son oncle à Wolschwiller où il signe le premier acte du registre des sépultures le 14 décembre 1784.
C'est à Wolschwiller que les deux prêtres de la famille Enderlin vont affronter la Révolution et ses conséquences. Le 9 juin 1792, Deis, membre du département demande à ses collègues de laisser Jean-Baptiste Enderlin à Wolschwiller : «il est infirme, sans mémoire, incapable de concevoir ce qu'est la constitution, presqu'en enfance, hors d'état de susciter des troubles, ni de prêcher le fanatisme ». Il ne peut quitter son neveu qui l'entretient, ni se faire soigner. Vu son état de santé, on le laissera en paix encore quelques mois.
Son neveu François-Joseph a prêté serment le 13 février 1791 après un préambule exprimant sa confiance dans les intentions de l'Assemblée Nationale exposées dans son instruction. Mais le 18 mai, le district le note comme «serment trouvé douteux ». Ses paroissiens signent une pétition en sa faveur mais rien n'y fait. Le 20 septembre 1792, il doit s'exiler. Il est porté sur la liste des émigrés en 1793.
Son oncle est dénoncé à la fin de l'année 1792 comme prêtre réfractaire par 46 électeurs du district. Le 1 er janvier, les gendarmes lui remettent un ordre de déportation. Malgré l'intervention de ses paroissiens, le département ordonne son internement à Colmar, le 8 février 1793. Mais lorsque les gendarmes viennent pour l'arrêter le 22 février Jean-Baptiste Enderlin n'est plus à Wolschwiller.

Abbaye de Lucelle avant la Révolution

Il est passé dans la clandestinité. Il est considéré comme déporté puis émigré. En septembre 1793, Jean-Baptiste Enderlin revient en cachette à Wolschwiller. Le maire Jacob Bigenwald lui offre sa maison pour y célébrer la messe, tandis que l'instituteur Sébastien Dietlin fait office de servant de messe. Mais le 4 octobre, le procureur syndic d'Altkirch en est informé et ordonne une enquête. Le 3 décembre, le maire et l'instituteur sont arrêtés, condamnés à mort par le tribunal de Colmar et guillotinés le même jour. Jean-Baptiste Enderlin meurt le 8 janvier 1795 à Metzerlen en Suisse, à l'âge de 83 ans.
En 1794, François-Joseph, son neveu, réside à Fribourg en Suisse. Il revient à Wolschwiller, peu après le décès de son oncle, en avril 1795. Il fait sa déclaration d'exercice du culte et de soumission aux lois de la république mais avec une série de restrictions formelles. Aussi, le 26 septembre, il est reconduit à la frontière suisse par les gendarmes de Ferrette. Revenant clandestinement, il se cache aux environs de Wolschwiller, dans les grottes des rochers dit «Rüdlifelsen ». Par moment, il réside également à Metzerlen où repose son oncle. Il revient à Wolschwiller en octobre 1800 et est qualifié l'année suivante par le préfet, « d'homme tranquille et paisible, d'une moralité sans reproches qui a fait sa soumission ».
Le 27 juin 1804, toujours desservant à Wolschwiller, il jure fidélité à l'empereur. En 1819, il assiste au transfert du corps de son oncle Jean- Baptiste de Metzerlen à Wolschwiller, où il repose devant l'autel principal.
François-Joseph Enderlin meurt en fonction à Wolschwiller, le 20 mai 1847, à l'âge de 90 ans. Très estimé de ses paroissiens, on peut lire sur sa tombe :
«O liebe Kinder, vergesset mich im Gebete nicht
In der Revolution dem Blutgerichte aus zu fliehen
Musste ich in den Rüdlifelsen ziehen
Um von dort meine Herde zubewahren
Musste ich mich Tag und Nacht aufmerken ».

2.-THIEBAUT DANTZER, curé de Durlinsdorf

Jean Thiébaut Dantzer est né à Burnhaupt-le-Bas le 3 mars 1735 comme fils de Michel et Anne Gensbittel. A partir de 1757, il fréquente le séminaire de Porrentruy. Il est ordonné prêtre le 9 juin 1759 et sera curé de Durlinsdorf du 4 septembre 1762 jusqu'en 1804 donc pendant toute la période révolutionnaire.
En février 1791, dans une lettre à un de ses frères prêtres, il défend la Constitution civile du clergé. Le même mois, il prête le serment pur et simple, il le fait cependant suivre d'une promesse de fidélité à Dieu, à Jésus-Christ, à l'église et à sa foi, puis il informe le district d'Altkirch que son serment a été prononcé sans conditions, ni restrictions. Le Club de Belfort le félicite pour avoir transmis à l'accusateur public plusieurs exemplaires d'une circulaire de l'évêque de Bâle condamnant l'élection de l'évêque du Haut-Rhin. La même année, en mai, le district le range parmi les ecclésiastiques dont le serment est douteux. Le 16 janvier 1792, il figure sur la liste des prêtres assermentés.
Par la suite, il s'implique dans le maintien en fonction de son vicaire qui est dénoncé par la municipalité de Durlinsdorf comme insermenté. En juillet 1792, il se plaint du maire qui organise des processions à son insu. Le 16 mai 1794, selon le district, il a cessé ses fonctions à cause d'une infirmité, mais il est arrêté à la suite de l'affaire de Hirsingue. Le 14 thermidor An II (01.08.1794) il est écroué à Belfort, puis conduit de Belfort à Besançon où il est incarcéré à la Citadelle. 30 thermidor II (17.08.1794), il signe une pétition demandant sa libération. ll est libéré par un arrêté de Foussedoire et se retire dans sa famille. Le 04.09.1794 il est à Durlinsdorf et demande la levée des scellés apposés sur ses meubles ce que le district ordonne 3 jours plus tard.
En 1795, selon le vicaire général Didner, il a été conduit à Altkirch pour avoir persécuté les catholiques. Le 3 ventôse IV (25.09.1795) la municipalité de Durlinsdorf déclare qu'il a fait sa soumission. Puis successivement:
- 29.05.1800: il figure à la matricule du clergé du Haut-Rhin comme curé de Durlinsdorf.
- 16.09.1802: il adhère au Concordat à Durlinsdorf comme curé de la localité.
- 28.08.1803: Saurine lui accorde les pouvoirs pour les cas réservés.
- 27.06.1804: il jure fidélité à l'empereur.
- 01.05.1808-04.09.1808: il vit retiré à Durlinsdorf où il décède.
On peut aussi lire dans le livre de M. Ruetsch consacré à Bendorf le passage suivant qui traite de la construction de la nouvelle église:"L'évêque demande au curé Dantzer de Durlinsdorf, de faire, en présence de toutes les parties intéressées, la visite de l'église de Bendorf, d'en reconnaître l'état et la situation, de même que l'emplacement destiné à la bâtisse d'une nouvelle église, dont il dressera le procès-verbal.
Suite à cette nomination, le curé Dantzer fixe la visite de l'église au 29 août 1774, à 8 heures du matin, et suite à son rapport, l'évêque autorise la construction de la nouvelle église au centre du village."
Autre mention: Il est cité comme ayant extrait, en 1793, les baptêmes catholiques de Liebsdorf du registre de Durlinsdorf avec traduction du latin en allemand. (Relevé chronologique et filiatif.)

Sources:
1)- Destin de quelques prêtres et religieux sundgauviens dans la tourmente révolutionnaire par Mme Gabrielle CLAERR-STAMM - Annuaire de la Société d'Histoire Sundgauvienne -1988-
2)- Le clergé paroissial de Durlinsdorf par Jean-Paul BLATZ - Volume 168 - Collection le clergé séculier et régulier d'Alsace du Moyen-Age à nos jours.