Au temps des comtes de Ferrette (1105-1324).

Où il est question de Durlinsdorf...

En 1231, Frédéric II, troisième de la lignée des comtes de Ferrette, se lança dans une action audacieuse: il attaqua l'évêque de Bâle, Henri de Thun, qui chevauchait avec sa suite à travers les terres du comté et le fit prisonnier. C'est à la hauteur d'Altkirch, entre le château et le couvent de Saint-Morand, que Frédéric fondit sur eux avec la milice d'Altkirch. Il fit un beau butin et non content de dépouiller l'évêque de ses biens, lui infligea "d'atroces outrages", arracha à son illustre prisonnier plusieurs promesses et l'obligea à renoncer à des droits contestés. L'évêque dut s'engager aussi à ne pas chercher à se venger puis il fut relâché moyennant rançon et désignation de garants.

L'affaire eut cependant un grand retentissement et les représailles ne se firent pas attendre. Pour sa témérité, le comte de Ferrette fut tout simplement excommunié par le pape et soumis à une série de peines qui touchaient aussi sa famille, ses sujets et son patrimoine. Il dut, en particulier, céder à l'évêché de Bâle, avec le consentement de ses enfants, les cours domaniales de Wolschwiller et de Develier. Ce dernier point souleva de vives contestations de la part de son fils Louis, dit le Féroce (Grimmel), à cause de son caractère colérique et violent. Sa réaction fut même tellement violente que le conflit entre le père et le fils se termina de manière tragique: le fils s'empara de son père et le tua à coups de dague! Ce comportement incroyable valut à Louis d'être frappé du ban d'Empire et excommunié. Ainsi, s'il ne trouvait pas la paix au bout d'un an, n'importe qui pouvait le tuer, nulle part il ne trouverait plus de refuge. Ceci ne l'affligea guère dans un premier temps et il ne songeait pas du tout à se soumettre aux lois.

 Le comte Ulrich II donne à l'église de Bâle les domaines de Durlinsdorf et de Wolschwiller.

( Cliché ADHR )

Après ce parricide, la succession du comté fut confiée à un autre fils de Frédéric II, Ulrich II, dont la première tâche fut de régler les affaires de son père. Lors de pourparlers avec Henri de Thun à propos des donations, il remplaça habilement la cour de Develier par celle de ... Durlinsdorf. Pourquoi ce changement? Parce que Durlinsdorf, ainsi que toute la partie ouest du comté de Ferrette avec Porrentruy appartenait à Louis le Féroce. De cette manière, celui-ci était aussi tenu de satisfaire à des revendications de l'évêché. Il faut dire que Louis n'entretenait pas non plus, comme d'habitude, de bonnes relations avec sa famille et plutôt que de favoriser son frère, de sa propre initiative, il avait déjà cédé des biens à l'évêque de Strasbourg!

On retrouve Louis le Féroce quelque temps plus tard, en 1236, mais dans un tout autre état d'esprit. Finalement, fatigué de lutter et malade, il se décida à aller au-devant du pape pour lui demander d'être relevé de ses excommunications. Il atteignit Rieti en Ombrie (Italie) où celui-ci séjournait. Se voyant alors face à la mort, Louis demanda à se confesser et jura d'obéir aux ordres du pape. Deux jours plus tard, le comte mourant fit rédiger son testament: il instituait l'église romaine comme héritière de tous ses biens, sauf les deux cours de Hagenthal et de Durlinsdorf qu'il léguait à sa femme. Il ordonnait que tous les dommages qu'il avait faits ou fait faire fussent remboursés avec ses biens; l'argent restant servirait à équiper des combattants pour la Guerre Sainte. On ignore si ce testament fut appliqué et le sort de la veuve de Louis dont le nom ne nous est pas connu. Ainsi que celui de ...Durlinsdorf dans cette affaire.

Cour domaniale:
Communauté comprenant un certain nombre d'habitations, granges, écuries etc, avec des terres concédées à des preneurs (Huber) moyennant un cens ou des prestations annuelles.

Sources:
- Histoire des comtes de Ferrette de M.Christian Wilsdorf (1991)-Publiée par la Société d'Histoire Sundgauvienne.
- Article de Mme Gabrielle Claerr-Stamm: Louis le Féroce ("L'Alsace" du 05/08/98)
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