« Les Jetés dehors du Sundgau » (Extrait)

par Jean BABE de Courtavon

« Parmi les personnes déplacées pendant la guerre il y avait : des expulsés, des déportés, des internés, des évadés, des Malgré-nous. des réfugiés en Suisse. C'est pour prendre en compte cette diversité que j'ai retenu pour le titre : les «Jetés dehors » du Sundgau.
Le 25 août 1942, le Gauleiter Robert Wagner signe un décret ordonnant l'incorporation des jeunes Alsaciens dans la Wehrmacht, à commencer par les classes 1942, 1943 et 1944, c'est-à-dire nés en 1922, 1923 et 1924 qui seront incorporés à partir d'octobre 1942. Le décret de Wagner provoque un profond traumatisme. Pour échapper à l'incorporation, de nombreux Alsaciens passent en Suisse. En représailles et pour freiner les évasions, les familles des insoumis sont déportées en Allemagne : c'est l'Umsiedlung.
Les déportations commencent dès août 1942. Fin février 1943 une seconde vague de familles est envoyée dans l'Altreich.
Le 8 septembre 1942, plusieurs familles sundgauviennes sont déportées dans le Grand Reich, parce qu'un des leurs s'est évadé en Suisse afin de se soustraire à son incorporation de force dans l'armée du IIIème Reich. Sitôt en Suisse, les jeunes réfractaires sont généralement dirigés sur Genève, d'où ils passent en Haute-Savoie.
Un triste réveil
Le 27 février 1943, à 4 heures du matin, on entend des bruits de bottes et d'armes dans la cour, puis de violents coups sont frappés à la porte. Des soldats en habit feldgrau et en armes viennent avec brutalité nous jeter hors de chez nous. Notre crime: refuser de porter l'uniforme allemand.
Sous l'oeil hautain et inquisiteur des soldats, nous devons en toute hâte nous habiller. Une famille avec quatre de ses cinq enfants n'a plus le droit de respirer l'air de son village natal, on lui refuse le droit de continuer de travailler sa terre, de rester dans sa maison. Cette famille n'a plus qu'un unique droit: celui de se soumettre, de tout quitter, de tout laisser. Tous ses biens sont immédiatement confisqués !
Pour tout bagage, elle n'est autorisée qu'a jeter encore quelques effets dans une malle et de prévoir de la nourriture pour trois jours. Ce jour là plusieurs familles sont expulsées dans les mêmes conditions et avec la même brutalité.
Vers 8 heures, un car s'arrête devant l'école, rapidement nous devons y monter; deux soldats avec leur fusil s'installent l'un à l'avant, l'autre à l'arrière, aussitôt le chauffeur démarre.
Les femmes sont en larmes, les hommes ont le visage grave et triste, le bruit du moteur tranche avec le silence de ceux qui partent. Déjà nous dépassons la dernière maison du village, toutes les têtes se tournent vers l'arrière, les yeux rivés sur le clocher qui lentement s'estompe dans la brume de cette fin d'hiver.
De très nombreuses familles sundgauviennes ont été ainsi déportées pendant la guerre. En 1949, le Secrétariat Général de la Guerre recensa 17000 Alsaciens et 8800 Mosellans transplantés vers l'Europe de l'Est et l'Allemagne. »
Ci-dessous la liste des déportés de Durlinsdorf suite à la fuite en Suisse d'un membre de la famille.

 

D'après le bulletin communal de mai 2013.