Les enfants Mattler de Durlinsdorf

Dans de nombreux villages, en particulier ceux proches de la frontière suisse, le même drame se déroule.

A Durlinsdorf, Madame Mattler, mère de dix enfants, est clouée au lit, elle souffre d'une pleurésie. Le Docteur Boltz de Pfetterhouse, qui la soigne, a appris que toute la famille doit être exilée. Conscient que la maman ne pourra pas supporter cela, il recommande à Jeanne, la plus grande des filles, de signaler aux soldats que la maman est intransportable.

En cette nuit de fin février, se déroule le même scénario que chez nous, des soldats frappent violemment à la porte pour expatrier toute la famille. Alors Jeanne, courageusement, intervient et rapporte aux hommes en armes les propos du docteur Boltz, mais le chef ne veut rien entendre, elle insiste tant qu'il se décide enfin à faire appel à un médecin militaire pour avoir son avis. Celui-ci diagnostique la gravité de l'état de la mère et admet qu'elle n'est effectivement pas transportable, il ordonne donc aux militaires de laisser la mère à la maison ainsi que sa fille Jeanne pour prendre soin d'elle, mais les autres enfants doivent partir.

Madame Mattler a retrouvé ses enfants à Bad Rippolsau
De g. à d. :Jeanne, Pierre, Emile, Adrienne, Mme Mattler et Lucie                                             
Laissant leur mère malade et éplorée, quatre enfants prennent le chemin de l'exil Lucie, 18 ans, Emile, 14 ans, Adrienne, 12 ans, Pierre, 11 ans. Des enfants sont ainsi jetés dehors et arrachés sans ménagement à une mère souffrante, c'est un moment terrible pour tous, ils n'auront droit à aucune indulgence de la part d'un régime qui ignore toute mansuétude. Ce ne sont pas les larmes d'une mère alsacienne qui vont émouvoir des soldats vainqueurs. Prévoyants, les chefs avaient rappelé à leurs hommes des consignes de sévérité.

Après avoir rassemblé quelques affaires et embrassé leur mère, les quatre enfants sont contraints de suivre leurs compagnons d'infortune.

Quelques mois après, Prosper, le second fils de la famille, après une année d'emprisonnement à Mulhouse pour insubordination, profite d'une permission pour s'évader en Suisse. En représailles, Madame Mattler et sa fille Jeanne sont immédiatement arrêtées, interrogées avec brutalité puis internées pendant deux mois et demi au camp de Schirmeck. Ensuite elles sont dirigées sur Schelklingen, là elles retrouvent Lucie, Emile, Adrienne et Pierre. Quelques semaines plus tard, toute la famille est transférée à Bad Rippolsau.

D'après le bulletin communal de mai 2013.