Foyer du Grumbach

Historique du bâtiment

Il a été construit dans les années 1959-60 par l'Association "Jeunesse Nouvelle" de Mulhouse. Pendant près de vingt ans, il a servi de centre de vacances aux enfants de la ville et à des groupes de personnes âgées. En 1980, cette association abandonna ces séjours et vendit l'immeuble à la commune de Durlinsdorf. Ce qu'on appelait la "Colonie" allait devenir, par la suite, le "Foyer du Grumbach", du nom de la rivière qui longe le bâtiment.

Buts du Foyer:

       - aménager dans son périmètre un centre d'aspect plaisant offert et ouvert à tous

       - favoriser la pratique de l'éducation physique et sportive

       - organiser les loisirs de la collectivité dans son ensemble par la création et l'usage de bibliothèques, par le moyen de conférences, de réunions amicales, de séances artistiques (théâtre, cinéma, soirées musicales, concerts etc...)

       - renforcer par tous les moyens la solidarité morale des habitants, l'esprit de compréhension mutuelle et d'entr'aide.

Ce Foyer est actuellement administré par une Association de Gestion.

 

Futterer Joseph, né le 9/05/14 décédé le 21/09/95, avait écrit ses mémoires de guerre depuis 1939 dans un carnet de poche, en voici un extrait:

12 Février 1943 Fuite en Suisse

Dangel Henri, Mattler Joseph, Meister Paul et moi-même se rassemblent vers 20 h à la Saboterie. D'autres jeunes de Moernach se joignent à nous: Reinhart Joseph, Metzger Charles, Metzger Paul et Walter Armand de Koestlach, d'autres jeunes du secteur arrivent encore. Au total, nous sommes 36 à se diriger vers Oberlarg, nous passons la frontière Suisse sans être vus. Vers 23h, nous sommes au bureau des douanes de Charmoille en Suisse. Nous sommes bien reçus par le chef de poste, nous passons le reste de la nuit à la mairie. Le lendemain matin, 13 février, nous prenons le petit déjeuner chez le Maire de Charmoille, puis nous embarquons en camion direction Délémont en passant par Asuel, les Rangiers. Vers midi, nous déjeunons dans un hôtel de Délémont. Nous rencontrons d'autres réfugiés, nous sommes déjà 316 alsaciens. Nous montons dans le train, passons dans le beau Jura bernois, nous descendons du train à Lengnau, situé à 20 km au nord de Bienne. Après une marche d'une bonne heure, nous arrivons dans le camp de réfugiés de Buren an der Aare. On loge dans des baraques. Le change se fait à 100 RM à 15 Frs Suisse ou 100 Frs Français à 1.20 Frs suisse.
Le 18 Février, à la cantine, un accordéon joue la Marseillaise, 380 alsaciens réfugiés se lèvent et entonnent en chœur le chant national français, tous unis prêts à défendre la cause nationale.
Le 21 Février, un Dimanche, un autel est levé dans une baraque. L'abbé Kueny de Saint-Louis, réfugié comme nous, célèbre la messe. En quelques paroles émouvantes, il retrace notre fuite et fait revivre dans nos cœurs le souvenir de ceux qui nous sont chers, qui loin de nous pensent à notre destin. Après un appel a tous: restez chrétiens et alsaciens, 444 alsaciens se lèvent, les larmes aux yeux et entonnent le "Grosser Gott wir loben dich". La vie au camp: on aménage le camp, la nourriture est simple, sans excès, peu de pain. Nous couchons par groupe de 60 dans les baraques. L'abbé Kueny célèbre tous les jours une messe. Je travaille au bureau du magasin. D'autres réfugiés arrivent. On apprend que l'autorité allemande a déporté les familles en Alsace de tous ceux dont les fils ou d'autres membres de la famille se sont évadés. Il parait qu'il y a eu des morts aux frontières, apparemment 3 à Seppois, 16 fusillés du coté de Strasbourg. C'est la panique dans les cœurs de tous les internés, chacun se fait du souci pour les siens, je pleure le sort de ma mère. Les journées passent lentement, le moral est au plus bas.
Pour nous distraire on nous joue du théâtre et du cinéma.
D'autres réfugiés arrivent de France, de Belgique, de Hollande et même d'Allemagne. A présent nous sommes plus de 750 vers fin mars.
Le 1er Avril, je suis envoyé dans une ferme à Diesbach, un village agricole de 800 habitants, à 6 km du camp de Buren, comme ouvrier agricole. Toute la région est protestante. Je travaille dans la ferme depuis tôt le matin jusqu'au soir. Le patron est 100% Suisse, mais je vis correctement, je n'ai pas à me plaindre.
Le 1er Mai, les garçons plantent des sapins aux belles jeunes filles, le "Mai Tannle".
Le 9 mai, j ' ai 29 ans, journée morose.
Le 25 décembre 1943, je passe Noël à Asuel, je rencontre Prosper Mattler et Schebath.
Je reste dans la ferme à Diesbach chez Fritz Balmer jusqu'au 20 Octobre 1944, soit presque 18 mois.
Le 20 octobre 1944 la France nous appelle.
Nous partons à plusieurs réfugiés à Le Locle, à 8 km environs de la Chaux de Fonds, à 2 km de la frontière française. De là, des camions militaires français nous cherchent et nous conduisent à Villers le Lac, nous passons la nuit et partons, le lendemain, à Ornans dans le Doubs. Nous sommes incorporés au GMA, groupement mobile d'Alsace, la CA du 2ème Bataillons de chasseur a pied, le 2ème BCP , je reprends mon grade de caporal. Après 8 jours de séjours à Ornans, nous partons pour Mouthier... suite des opérations de libération de l'Alsace.


M. M A T T L E R Prosper, 21 ans, condamné à la prison

Voici son récit:

Mattler Prosper, Enderlin René, Baysang Achille de Moernach et des prisonniers français voulaient s'évader en Suisse, par les Ebourbettes. Malheureusement ils se sont faits arrêter par les douaniers allemands. Prosper, considéré comme le meneur, a été condamné à 11 mois de prison à Mulhouse. "La prison était une punition plus importante qu'un séjour au camp de Schirmeck. Vers la fin des 3 derniers mois on devait travailler à l'usine de gaz à Mulhouse. J'ai passé 3 jours au bunker, en cellule, au pain sec et à l'eau, parce que ma sœur m'avait mis quelques graines de saccharine dans la chemise. J'étais d'abord seul dans une cellule durant 3 mois. Les gardiens alsaciens n'étaient pas tendres, alors qu'un gardien allemand me donnait chaque jour son casse-croûte, c'était un homme bon, ils n'étaient pas tous des Hitler. A ma sortie de prison, le directeur m'a dit "Na wollen Sie es nochmal probieren durchzuhauen?" Voulez vous encore essayer de vous enfuir? J'ai du signer pour rentrer à la maison. Malheureusement je n'avais pas d'autre choix que de m'évader à nouveau avec Schebath."

Comble de l'ironie les 11 mois de prison de M. MATTLER Prosper lui ont été facturés à 502 Marks.

D'après le bulletin communal de mai 2013.

 

Henri Mattler, le cordonnier de Durlinsdorf

Le fils d'un potierparents

Henri est né le 15 juillet 1901 à Durlinsdorf, dans une maison de la partie haute de l'actuelle Rue des Maçons. Il était le fils de Emile MATTLER et de Marie née STOCKER, une famille de six enfants. Son père était potier, "Haffner", d'où le surnom flatteur de "s'Haffners" qu'on attribua aux Mattler. De son atelier situé en contrebas de la Rue du Wasen, aujourd'hui disparu, sortait la plupart des ustensiles en terre cuite utilisés par les familles locales et des environs, vendus sur place ou au marché.

Photo: les parents MATTLER Emile et Marie STOCKER
devant leur domicile dans la Rue des Maçons

 

La fin de la poteriepoterie

Durant la guerre de 1914/18 toute la famille fut évacuée à Eberbach, où leurs bras furent mis au service d'une scierie locale (voir l'article à ce sujet sur le même site). C'est au retour qu'on découvrit le désastre : l'atelier du père MATTLER, qui rêvait de le confier à son fils Henri, avait été dévasté par les militaires : les tours, le four, les modèles avaient été détruits et tellement endommagés qu'il était pratiquement impossible de remettre la fabrication en route. Et le manque de moyens financiers ne permettaient pas sa reconstruction...

Photo: Poterie fabriquée à Durlinsdorf
(Atelier Mattler)

 

Un bon cordonniermilitaires

Le père Emile se consacra alors uniquement à sa petite exploitation agricole. Pour Henri la chance se présenta providentiellement en la personne de son oncle Joseph Schaltenbrand qui tenait une cordonnerie dans la Rue du Wasen. Il y apprit à aimer le cuir et à manier les nombreux outils pour le travailler.

Photo:Henri MATTLER, cordonnier dans l'armée

Arriva la période de son service militaire, où on l'affecta d'office à la cordonnerie militaire, pour l'entretien et la fabrication des fameux brodequins que portaient les soldats. Très vite on apprécia son savoir-faire et les officiers firent appel à lui pour la création de bottes plus raffinées et en cuir fin. Henri gardera de cette période de trois ans le souvenir du moment où l'uniforme lui permit d'acquérir la plupart des gestes de son métier. Les portes de la capitale s'ouvrirent à lui, avec l'aide de sa soeur Henriette qui l' hébergea. Ouvrier modèle dans une entreprise parisienne, il apprendra en trois ans les dernières techniques dans la fabrication des chaussures civiles pour femmes, enfants et hommes.

Une famille, une maison, un atelierhenri

Mais, Henri choisit de revenir au pays, décidé à mettre son savoir-faire au service de sa future clientèle. Très fiers de leur fils, ses parents lui achetèrent une maison dans la Rue Principale de son village. Il la transforma, en y intégrant son atelier, et rêvant même d'y créer un magasin de chaussures, ce qui ne se fit pas. Le 10 septembre 1932, en l'église de Durlinsdorf il se maria à Maria GUR, fille d'une famille paysanne de Liebsdorf. Le couple intégrera son nouveau domicile en 1935. Ils mèneront en même temps une petite exploitation agricole, élevant deux à trois vaches, sans oublier les poules et le cochon.

La guerre de 1939/45 retrouve Henri sur la ligne Maginot, où on l'assigna à la garde d'un fort dans la forêt au-dessus de Bettlach. Il pourra durant cette période rentrer assez librement chez lui pour surveiller ses bêtes et chercher de l'alimentation.

Photo: le cordonnier tel qu'on pouvait le rencontrer,
en tenue de travail, la cigarette entre les doigts

Une belle et fidèle clientèle

Très rapidement, le cordonnier se fera une large clientèle de tous les villages environnants. De ses mains sortiront des générations de chaussures neuves. Les jeunes couples venaient lui commander leurs chaussures de mariage. Il ne portera personnellement que des modèles fabriqués de ses mains. Dans son atelier, souvent surchauffé, qui ne connaissait le petit coin de l'établi où une chaise à côté du fourneau permettait au client de se reposer un instant, où, en attendant une petite mais nécessaire réparation, de se confier ou de demander conseil...

La retraite et le départhenri maria

Henri vendit ses vaches en 1967. Tout alla bien jusqu'en 1968 où, trahi par ses yeux, Henri dut réduire ses activités et fermer son atelier en 1970. Sa retraite, il la partageait entre son foyer, les promenades, la visite des anciens amis et des petits enfants de ses deux filles Denise et Henriette. Il quittera les siens, alors qu'il allait atteindre ses 80 ans, le 26 février 1981. Il repose avec son épouse Maria et ses parents au cimetière et à l'ombre du clocher de Durlinsdorf.

Photo:Le couple Henri et Maria Mattler

 

Le cordonnier de l'Ecomusée

Gagné par la poussière et la rouille, son atelier, encore bien au complet, dormira jusqu'en 1988, où il fut accueilli par M.Grodwohl à l'Ecomusée d'Alsace. Tout fut démonté, jusqu'aux affiches des murs, la vieille lampe pendante de l'établi, et son antique bicyclette qui lui servait à faire la tournée des clients... Au rez-de-chaussée de la maison reconstituée d'Ungersheim, on peut ainsi retrouver l'atelier du cordonnier Henri MATTLER de Durlinsdorf, et avoir l'impression de se retrouver un peu chez lui. A nos oreilles résonneront peut-être les petits désidératas journaliers de ses clients ordinaires : "Henri, luag, ich ha a Absatz verlora !" ; "Henri, ich ha a Ceintur ds'naya !"; Henri, i ha a Chumet ds'repariera !" etc... ce qu'il faisait toujours avec le sourire, et la plupart du temps gratuitement.

Hubert Hoff

Quelques photos de l'atelier d'Henri MATTLER exposé à l'Ecomusée d'Ungersheim.

 

Photos prises à travers un vitrage qui protège l'ensemble (Evelyne BAUR).

Présentation rapide

durlinsdorf

 

Département: Haut-Rhin

Arrondissement: Altkirch

Altitude: 470 m

Superficie: 778 ha dont 195 de forêt

Population: 525 habitants

Coordonnées géographiques:

Longitude Est: 7° 14' 27"

Latitude Nord: 47° 29' 09"

 

Un peu de géographie...

 

Vers le sud, ce sont les premiers contreforts du Jura alsacien, collines recouvertes de forêts et assez abruptes qui atteignent ici de 600 à 700 m d'altitude. C'est au pied de tels chaînons, dans une légère dépression ouverte vers le nord-ouest, que se situe Durlinsdorf. Une autre particularité de l'endroit, c'est que nous sommes au débouché d'une pittoresque petite vallée, une cluse, dans laquelle coule le ruisseau qui traverse le village: le Grumbach. La dénivellation modérée du terrain fait que le Grumbach décrit, ici et vers le bas, de nombreux méandres qui sont à l'origine de son nom. L'histoire géologique du sol est relativement complexe et a de quoi satisfaire les amateurs de sédiments et de fossiles.

Quelques éléments d'histoire...

La colline du Kleeberg, reconnaissable à sa croix, est maintenant connue comme site archéologique. Les découvertes successives qui y ont été faites permettent de penser qu'il s'agit d'une nécropole burgonde du VIIème siècle. C'est en 1966, à l'occasion de travaux de construction, que le Kleeberg nous a encore livré quelques secrets: un squelette de grande taille, remarquablement bien conservé, une épée, un poignard...

Le village apparaît en 1147 sous la dénomination de Turlansdorf.

En 1232, il est cité dans un document qui règle un litige entre le comte de Ferrette Ulrich II et l'église: la cour domaniale de Durlinsdorf, en même temps que celle de Wolschwiller, est cédée à l'évêché de Bâle.

A partir de 1324, après le mariage de Jeanne de Ferrette avec Albert II de Habsbourg, les terres du comté vont passer sous la domination autrichienne, et ce n'est qu'en 1648, au traité de Wesphalie, que le territoire est rattaché à la France. Entre-temps, la Guerre de Trente Ans a fait des ravages considérables: Louis XIV fit tout pour repeupler ses terres et encouragea une immigration suisse, ce qui se retrouve encore dans les patronymes.

En récompense des services rendus au royaume, le roi accorde, en 1659, le territoire du comté de Ferrette à Mazarin. Durlinsdorf garde des traces de cette période puisque la famille Mazarin y était propriétaire d'une maison qu'elle semble avoir utilisé comme pavillon de chasse. Cette maison, située au centre du village, ainsi qu'une parcelle de forêt du ban communal ont conservé le nom de Mazarin.

A partir de là, sauf pendant la Révolution, l'histoire du village apparaît moins tourmentée jusqu'en 1870 où les problèmes territoriaux resurgissent.

Quelques hommes célèbres

Enderlin François-Joseph, maire et conseiller général du canton de Ferrette de 1833 à 1845.

Enderlin Joseph, Louis (1851-1940), plus connu sous le nom de sculpteur Enderlin, nom qui a été attribué à la rue principale de Durlinsdorf.

Où il est question d'économie...

Dans le domaine agricole, on a assisté à une concentration des terres et à une diminution sensible du nombre des exploitations: actuellement, le village n'en compte plus que cinq. L'activité s'organise principalement autour de la culture des céréales ( maïs surtout ) et de l'élevage pour la production de lait et de viande.

Plusieurs entreprises se sont maintenues et développées sur le territoire de la commune :

  • une entreprise employant plus de vingt personnes spécialisée dans les charpentes et la construction de chalets
  • une carrière dont la production est surtout utilisée pour l' empierrement des routes
  • un marchand de vins et combustibles
  • une entreprise de location de matériel pour les réceptions

De plus, il y a un café-restaurant: l'Auberge Mazarin.

Les emplois offerts sur place n'étant pas suffisants, la plupart des personnes actives prennent aujourd'hui le chemin de la Suisse. Les pôles industriels tels que Delle, Sochaux où Mulhouse qui drainaient, dans le temps, la majorité des travailleurs ont perdu de leur influence.

 Les armoiries

Elles sont décrites de la manière suivante: "D'or à une clef de sable posée en pal, une épée de gueules posée en fasce, brochant la clef, accostée des lettres D et L aussi de sable."

Les lettres D et L ont disparu des représentations les plus récentes.

Origine possible : on peut rattacher la constitution des armoiries à la construction de l'église, dédiée à Saint-Pierre et Paul, au milieu du XVIIème siècle. La clef est l'attribut de Saint-Pierre et l'épée celui de Saint-Paul.

Une légende : les églantines de Durlinsdorf

Lorsque, en l'an 1632, les Suédois dévastèrent le Sundgau, ils pénétrèrent également dans le village de Durlinsdorf, joliment niché à flanc de coteau, et l'incendièrent. Les habitants se réfugièrent dans les forêts du Jura et y restèrent jusqu'au départ des Suédois. Alors seulement ils regagnèrent leur domicile. Pourtant, grande était leur surprise: la profonde dépression dans laquelle se nichait Durlinsdorf était couverte d'églantines qui, depuis l'orée du bois avaient tout envahi et entièrement occupé la place du village. Les paysans reconstruisirent Durlinsdorf mais conservèrent quelques églantines dans les jardins. Encore de nos jours, on montre un de ces églantiers.

D'après "Légendes du Sundgau" de l'Association "Langue et Culture régionales"
Inspection départementale - Altkirch -

 

L'EVACUATION (1916-1919)


La carte ci-contre donne un aperçu du front (violet) en 1916 dans notre secteur. Ce tracé n’a d’ailleurs pas beaucoup varié jusqu'à la fin de la guerre 14-18, ce qui ne veut pas dire qu’il ne s’y est rien passé. Au contraire, notre sol a été le témoin d’affrontements violents qui ont gagné en intensité jusqu'à l'été 1916, les mois les plus terribles étant février et mars de cette même année. Par la suite le front de la Largue passa au second plan car le conflit avait pris d'autres dimensions ailleurs (Verdun, sur la Somme...) mais la guerre restait toujours présente ici. Dès le mois de décembre 1915, la situation devint dramatique pour les civils et la liste des victimes s’allongeait*. A Durlinsdorf aussi, Albert Baur, touché par un éclat d’obus alors qu’il labourait son champ au Holzäpfelbaum, succomba à ses blessures. Lors des tirs d'artillerie, la population devait chercher refuge dans les caves et on craignait aussi que les combats dégénèrent en bataille de rues dans les villages en cas de rupture du front. Les autorités militaires, des deux camps d'ailleurs, décidèrent alors de déplacer les habitants des communes jugées à risques. Les premières évacuations débutèrent à la mi-décembre 1915. Bien que pas directement face à la zone des combats et classé en deuxième ligne, Durlinsdorf faisait partie du lot de villages désignés pour être évacués vers l’intérieur de l’Allemagne.
Le départ fut fixé au 11 février 1916. Après une préparation hâtive, toute la population dû quitter le village, emmenant juste ce qu’il était possible de porter, abandonnant maison, bétail, la plupart des biens aux mains de l'armée, pour le premier point de rassemblement: la gare de Ferrette. Ce trajet se fit à pied, des voitures attelées étaient prévues pour les plus faibles. Comble de malchance, ce jour-là il faisait extrêmement froid, si froid que les mères serraient très fort les enfants et les bébés contre elles et que beaucoup de personnes, durant le trajet, se recroquevillaient parfois sur les talons pour mieux répartir la chaleur du corps. A la gare de Ferrette, l'accueil était correct, une boisson chaude fut servie avant de monter dans le train spécialement prévu pour les réfugiés. Le voyage se termina, via Strasbourg, dans le pays de Bade: les gens de Durlinsdorf furent regroupés à Osterburken et répartis dans cette ville même et dans les villages environnants (Eberbach, Hemsbach...) accueillis avec plus ou moins d’enthousiasme en ces temps difficiles. Le Maire, Albert Enderlin, installé à Osterburken commença alors une correspondance avec son secrétaire de Mairie resté sur place, dans les environs de Mulhouse, pour maintenir les relations avec la perception (Staatsamt) de Ferrette et régler les affaires de la Commune.

Voici la première lettre qu’il adressa à son secrétaire:
"Osterburken, le 4 Mars 1916.
Cher monsieur Moser,
En regardant la carte, je me rends compte que nous sommes maintenant séparés par une assez grande distance. Nous venons de vivre de biens tristes événements et la fin de cette terrible guerre n'est pas encore en vue. Pour nos affaires concernant la commune, les choses sont devenues plus compliquées et je me demande quelle serait la meilleure façon de les régler. D'après Monsieur le Directeur du District, ce serait plus facile si on se retrouvait ensemble dans les environs de Mulhouse. Pour ma part, je serais assez d'accord avec cette idée mais ma famille ne veut pas se séparer de moi et me voir courir de par le monde. J'ai déjà beaucoup de questions et de demandes de toutes sortes en attente, j'aurais aussi à fournir des extraits de registres que je ne peux pas satisfaire ici. En fait, j'ai quand même déjà pu régler pas mal de choses par moi-même. Le travail ne me fait pas peur, mais si nous devons le faire en étant aussi loin l'un de l'autre, les frais de poste vont tripler et dans ces conditions il faut que la commune participe à mes dépenses. J'en ai déjà parlé à Monsieur le Directeur du District.
Les adresses des gens de Durlinsdorf devraient normalement se trouver depuis longtemps entre les mains de la Direction du District. Les aides pour les familles Guligag et Martin Joseph sont revenues approuvées, je ne sais toutefois pas où elles habitent en ce moment. A Hemsbach, une demi-heure, il y a les familles Walter Joseph, Kohler Ernest, Chariatte, Baur, Metzger, Bury et à Zimern (?), 1 heure, il y en a 35, qui ont cependant, comme je viens de l’apprendre, été transférés à Eberbach.
Nous ne pouvons pas trop nous plaindre ici, on est relativement bien. Nous n'avons pas trop de place, seulement 2 pièces, mais on peut être ensemble, ce qui n'est pas le cas pour d'autres familles. Moi et les deux plus grands enfants mangeons au restaurant de la gare. …. Osterburken est une vieille petite ville romaine d'environ 1500 habitants, avec en majorité des agriculteurs. Depuis ma fenêtre j’ai une belle vue sur la gare; le trafic ferroviaire est ici assez important. J'ai déjà compté entre 60 et 65 trains de marchandises. Maintenant, je vous prie encore une fois, Monsieur Moser, de me faire parvenir les informations demandées. Vous avez sûrement la possibilité de parler souvent avec Monsieur le Directeur du District pour connaître ses décisions. Dans l'espoir de recevoir très rapidement beaucoup de nouvelles de votre part, je vous adresse mes sincères salutations ainsi qu'à toute votre famille."

Guerre de 14-18 ---- Groupe de personnes évacuées en Pays de Bade

Debout: 1)inconnu 2)Marie, épouse Ruetsch Paul 3)Eugénie, épouse Enderlin Edouard dit l'Américain 4)Céline, épouse Hirtzlin (Bisel) 5)inconnue 6)Martin, père de Martin Arthur 7)avec brouette: inconnu. Assises: 1)inconnu 2)Klein Alfred, père de Skuta Frida 3)Maurer Joseph, frère des 3 soeurs en noir 4)Klein Joseph, dit Klein Sepp 5)Martin Joseph, dit Beppi.

La vie des réfugiés ne fut pourtant pas aussi paisible comme on pourrait le penser d'après certains passages de cette lettre. Déracinées, les familles n'avaient d'autres ressources que les aides de l'Etat allemand (Familienunterstützungen) et la débrouillardise personnelle: ceux qui en avait la possibilité se rendait utile en effectuant des tâches à domicile, en aidant aux travaux agricoles ou même en occupant une place en entreprise (exemple: fabrication de fil de fer barbelé). Mais de ce côté tout le monde n'était pas à la même enseigne: les hommes étant au front pour la plupart, certaines familles se trouvaient démunies de bras aptes à travailler, c'était le cas, par exemple, de femmes ou de veuves avec des petits enfants et/ou des parents âgés à charge. Dans ce cas la situation était très difficile, d'autant plus qu'il fallait payer une location et assurer le chauffage des logements qui avaient été attribués. Les enfants essayaient alors de calmer leur faim en allant quémander quelques pommes de terre, du lait, une tartine ou de la soupe dans les fermes environnantes. Le cas de M. le Maire est assez explicite de ce point de vue:
"Osterburken, le 4 Avril 1916
Cher Monsieur Moser,
...Je vous informe que nous sommes devenus autonomes. On nous dit que cela a été demandé par l'autorité alsacienne. De ce fait, l'argent pour le soutien des familles ne sera plus réglé entièrement. D'après les grilles que j'ai pu voir au bureau du district d'Avelsheim, il ne reste pour ma famille de 7 personnes que 166 Marks par mois. De cette somme, il faut déduire 16 Marks pour le logement. Maintenant, on peut se demander, avec les prix actuels, comment arriver à vivre avec 70 Pfennigs par jour et par tête. Dans les familles où chaque personne peut ramener un salaire, on peut déjà mieux se débrouiller. Par contre là où il y a seulement des enfants en bas âge c'est presque la misère. Je pensais toujours, qu'un commissaire viendrait un jour sur place pour se rendre compte de la situation. Mais je n'ai vu personne jusqu'à présent..."

Suite ...

* Lire: Première Guerre Mondiale sur le Front de la Largue.
De Bernard Burtschy et Vincent Heyer.