La fontaine disparue du Wasen

 

Le 30 septembre 1867, les habitants du Wasen adressèrent au Préfet à Colmar, une pétition dont le texte était suivi d'une trentaine de signatures. Ce n'était pas la première du genre. Le 13 août 1866 déjà, ils avaient pris la même initiative et demandé à M. De Bailleul, Sous-Préfet à Mulhouse d'intervenir pour décider la municipalité à faire construire une fontaine dans leur rue. Pourquoi tant d'insistance? Parmi les raisons, il y avait le manque d'eau au Wasen durant les périodes de sècheresse, mais leur problème principal était la pénurie d'eau potable qui les obligeait à effectuer de longs et fréquents déplacements pour s'approvisionner aux fontaines communales. Dans leurs pétitions, ils estimaient à "environ 500m", la distance à parcourir de leurs maisons jusqu'à la fontaine de la place du village. Par ailleurs, ils faisaient également remarquer que la commune en avait fait construire une, route de Moos, pour moins de ménages qu'au Wasen.

 Dans sa scéance du 28 août 1866, la municipalité, présidée par le maire Jean Schneider, reconnut le bien-fondé de cette revendication, vota un crédit de 1000F pour la construction de cette troisième fontaine et chargea M. Lhote d'en étblir plan et devis. Mais ce n'est qu'un an plus tard, suite à la deuxième pétition, que le projet de l'agent-voyer fut examiné en réunion du conseil. Que proposait M. Lhote? D'utiliser l'eau des deux fontaines déjà en place pour alimenter celle du Wasen, mais comme, à son avis, cela donnerait un débit insuffisant, il suggérait d'ajouter à l'eau de la source celle d'une autre source jaillissant en amont, au lieu-dit Kaltenbrunnen. Montant du devis: 1800 à 2300F. Verdict de la municipalité: rejet du rapport Lhote car jugé "trop dispendieux pour la caisse communale qui n'est guère florissante, qui a grandement besoin d'économiser ses deniers pour restaurer le mur de ceinture de l'église s'écroulant sur divers points et l'église qui est dans un état déplorable vraiment peu à la hauteur du culte." Pour essayer de réaliser cette fontaine à moindres frais, des recherches furent entreprises au Geissacker, en vue d'y trouver des points d'eau, mais il semble que là n'était pas la solution. N'obtenant pas satisfaction, les habitants du Wasen réagirent à nouveau. Seconde pétition au Préfet le 7 mars 1868, suivie, le 3 août de la même année, d'une autre, cette fois adressée directement au Ministère de l'Intérieur à Paris! On peut y lire "qu'ils sont déterminés à s'adresser à l'Empereur Napoléon III si leur demande n'était pas satisfaite"!

La municipalité fit alors appel au cabinet d'architectes Risler-Tournier de Mulhouse qui reprit l'idée Lhote, mais devant l'opposition des élus de faire une jonction avec une autre source, il proposa tout simplement de diviser l'eau des deux fontaines existantes en trois parties égales. Ce que l'autorité communale approuva.

Les rapports concernant ce projet Risler-Tournier contiennent bon nombre de renseignements techniques intéressants, ainsi on y apprend que:

            - le débit des deux fontaines déjà en place était pour chacune de 21 litres en mai et de 16 litres par minute en septembre pour l'année 1868. Il en est peut-être toujours ainsi...

            - la conduite d'amenée de l'eau devait longer la route de Winkel à partir du moulin Meister jusqu'à la place du village puis bifurquer vers l'entrée du Wasen et rejoindre le Manrgaloch. Ce qui n'était pas facile à réaliser.

            - de la chambre de source jusqu'au bec de la fontaine projetée au Wasen, il y avait 727,90m pour une dénivellation de 1,80m ce qui donnait une pente moyenne d'environ 2,5mm par mètre.

Tracés des canalisations pour alimenter la fontaine

- en ROUGE : tracé RISLER-TOURNIER

-en VERT : raccourci de la municipalité

  Le 13 janvier 1870, la commune procéda à l'adjudication pour la construction de cette fontaine. Après examen des soumissions, les travaux furent attribués à Ruetsch Antoine de Bouxwiller pour la montant du devis Risler soit 1753,89F.

Mais dans une délibération, datée de 6 mois plus tard, on peut lire:" Le conseil municipal est d'avis qu'on abandonne le tracé indiqué dans le projet Risler-Tournier et qu'au lieu de longer la route de Winkel, on placerait la conduite le long du sentier qui va de cette route au Wasen, entre les propriétés du Sieur Siess et celle de M.Dégé. Tout le terrain où se feraient les fouilles est communal et la distance plus courte pour arriver à l'emplacement prévu...". De sa propre initiative et dans un souci louable d'économie, la municipalité modifie le tracé.

La suite des événements est difficile à cerner, faute au changement d'administration de notre province. En effet, après la guerre malheureuse de 1870, le traité de Francfort en avait fait un "Reichsland" et y établissait le régime allemand.

Ce n'est qu'en 1877 que les choses prennent une tournure définitive! Trois documents permettent de l'affirmer:

            - un contrat entre la commune et Constant Zeller d'Ollweiller pour la fourniture de 730m de tuyaux de grès.

            - un procès-verbal d'adjudication de travaux de maçonnerie et d'ouverture de tranchées à Anthony Léger de Durlinsdorf.

            - un procès-verbal de réception des travaux rédigé par le Kreissingénieur Schneider d'Altkirch.

Apparemment on en est revenu au projet Risler, mais ce n'est pas certain, la municipalité peut avoir imposé son idée de raccourci pour la conduite. En fait, on ne sait pas quelle a été la solution retenue!

Après avoir fait couler beaucoup ...d'encre, le Wasen avait une fontaine. Mais l'eau était-elle bonne? Pas toujours! Ce n'était pas la même que celle des deux autres fontaines: elle provenait tout simplement du fossé qui longe le côté droit de la route montant vers Winkel. Ce captage à ciel ouvert ne pouvait évidemment pas donner de bons résultats. De plus le débit au bec de l'auge était irrégulier et les anecdotes sur ce sujet et la nature impropre de l'eau foisonnèrent...

Cette situation dura quand même quelques décennies et ce n'est qu'avec la mise en place de l'adduction d'eau, en 1936, que le problème fut définitivement réglé. Cette fontaine fut alors enlevée sans que personne ne verse une larme de regret.

Emplacement de la fontaine

 Emplacement de la fontaine au Wasen

 

DOCUMENTATION :
Archives départementales du Haut-Rhin - COLMAR -